Voilà combien de temps que le paysage défile...
Comme le cheval de fer qui m'a avalé
à un train d'enfer ma vie semble aller.
Il parait que la flamme est l'avenir de Rome et comme tous les chemins y mènent en somme le feu prendra sur scène et le rideau tombé sans l'ombre d'un je t'aime je resterais un homme.
Tout naquit de la pomme et mourut chrysanthème.
Trêve de cauchemars il semble qu'à chaque arrêt en gare le périple s'achêve, que le jour se lève et que l'oeil hagard je sente ma sêve larguer ses amarres.
Et pourtant on pourrait arguer que les ailes ne me manquent pas et que le ciel m'est connu.
Je pourrais me targuer sans trop de zèle de connaitre le miel et son art méconnu.
La vie n'est pas si triste parait-il et c'est un beau voyage
Et même si les escales sont courtes on peut toujours admirer le paysage au passage.
Admirer, admirer, toujours de loin sans jamais voir de près
Jamais sentir l'air frais, l'herbe d'un pré sous ses pieds
Se dire je suis prêt, ça viendra bien après
Suffit de respirer le train finira bien par s'arrêter.
Mais wagon après wagon il semble qu'aucune porte n'existe
Et dans le compartiment tumeur le temps défile encore plus vite
Et pourtant pèse comme une enclume, comme un orage un soir d'octobre
Ange échangerait deux ou trois plumes contre existence un peu plus sobre
Il est loin le temps où on rêvait d'une romance comme sur pelloche
Souvent à peine écrit le titre on sent le générique qui approche
Le scénariste est aigri, et les acteurs désabusés
C'est un film en nuances de gris que le projecteur aurait usé
Le jeune premier s'éprend toujours de la belle étrangère mais étrangement on les sent errant sur l'écran des grands sentiments.
La vie n'est pas un métrage où on soupçonne le Happy-end
On appréhende chaque engueulade mais on sait bien qu'ces deux là s'aident
Et à les voir évoluer on comprend bien qu'ces deux là s'aiment
En général dans la vraie vie l'un court si vite qu'un jour on s'sème
On voudrait bifurquer, trouver enfin une belle histoire à tourner
Mais quand on circule sur des rails, on a peu de chance d'être détourné
Des espoirs brassés dans une cuve encrassée nous sert de rêve engraissé, notre vie serait-elle tracée, empressée de froisser les instants de lêvres embrassées, de baisers adressés dans le crissement stressé du temps déjà passé ?
Pourquoi vient-il à me manquer les histoires quittées sur d'autres quais ?
Sur d'autres quais j'aimerais quêter quitte à prendre un autre ticket
Oublier les gares précédentes, mais ma mémoire est émotive
Ma seule envie est évidente : arrêter la locomotive.